14 juin 2006

Note d'intention de Joseph Gaï Ramaka (auteur - réalisateur)

titre_karmen_trans2Carmen est un mythe. Comme tous les mythes, ce qu'il signifie à une époque donnée dépend de celui qui tente d'en fixer la représentation.

Que représente Carmen aujourd'hui ? Que sont l'amour et la liberté de Carmen à l'orée du XXIème siècle ? Tel est le projet de mon film, où Carmen devient Karmen, une Karmen Black plongée dans l'urbanité magique et chaotique d'une ville africaine.

Pour tout le monde, Carmen est à la fois un personnage et un opéra, et l'évocation de son nom fait appel à la musique.

Le scénario du film respecte ces deux propos : être fidèle à l'univers dramatique de la tragédie originale, faire appel à de nombreux éléments musicaux et chorégraphiques indispensables au traitement d'un tel sujet. Mais comme pour la transposition du mythe, ces éléments plongent leurs racines dans la musique et la danse africaine d'aujourd'hui. Pour ces deux éléments clef du film, je me suis entouré d'artistes exceptionnels : David Murray, Doudou N'Diaye Rose, Julien Jouga, El Hadji N'Diaye, Cherif Diop et Yande Codou Sen pour la musique, et Oumi Samb pour la chorégraphie.

Cinéaste sénégalais, j'ai situé l'action de Karmen à Dakar, où le soleil et la volupté ne sont pas sans rapport avec la nouvelle de Mérimée et l'opéra de Bizet. C'est dans ce Sénégal d'aujourd'hui, que j'ai choisi de mettre en scène la liberté et l'amour de Carmen. La volupté tragique inhérente aux personnages m'a immédiatement indiqué que la grande majorité de l'action devait se passer de nuit, à l'heure où les corps et les âmes se libèrent de la contrainte diurne.

Toute la difficulté de la réalisation consiste à maintenir une limite stricte entre volupté et érotisme, au sens où le cinéma entend ce mot. Je montrerai donc beaucoup de corps, de corps nus, de corps dansant, de corps jeunes, de corps vieux, mais la caméra captera en eux le désir qu'ils peuvent inspirer plus que la libido qu'ils peuvent déchaîner. C'est aussi mon intention d'utiliser avec parcimonie les gros plans sur les visages dans la mesure où précisément, la tragédie charnelle de Carmen tient beaucoup du rapport de l'individu à son corps.

Toutes les scènes de groupes, comme dans la comédie musicale ou à l'opéra feront évidemment appel à la musique et à la danse.

Paris, le 27 octobre 1999


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